Le « je dis » des livres: Desproges, Encore des Nouilles

Une envie soudaine de parler de livres de façon plus régulière. Le lundi étant consacré aux permissions gustatives de tout bord sur ce blog, le mercredi étant le coin enfant par excellence, je me suis dis que le jeudi, avec sa petite homophonie pouvait bien être consacré à la parole des autres, et notamment à mes lectures ou à celles de mes comparses. Aujourd’hui, donc, c’est Desproges -qui en matière de mots ne s’y connaissait pas qu’un peu- amoureux des vins et des femmes, qui inaugure la chronique hebdomadaire. Et pour cela je laisse la parole à Jeff qui en est un factotum tout trouvé tant il me récite les petites infamies délicieuses qu’a prononcées en sa vie son idole de jeunesse.

Encore des nouilles de Desproges

Encore des nouilles de Desproges

A noter l’excellente introduction d’Elisabeth de Murville, grande journaliste de la cause gastronomique, femme délicieuse et passionnante quand on la côtoye et qui nous y raconte la petite ruse dont elle usa pour convaincre Desproges de bien vouloir venir écrire dans son journal.

Mais voici la critique de mon gourmand de mots, Jeff:

« Chic, un nouveau Desproges !!

Un nouveau livre de Desproges c’est toujours un événement, tant on espère y découvrir de nouvelles fulgurances inédites de celui qui savait rire de tout, à une époque, bien révolue hélas, où l’on pouvait encore rire de tout.

De ce point de vue, « Encore des nouilles », aux éditions les Echappées (édition de Charlie Hebdo), est presque moins un nouveau livre DE Desproges qu’un énième livre SUR Desproges. Il reprend ses chroniques écrites entre 1984 et 1985 pour la revue « Cuisine et Vins de France », deux sujets qui lui tenaient particulièrement à coeur, le tout joliment illustré par les dessinateurs de Charlie Hebdo.

Dessin de Charlie Hebdo pour Encore des Nouilles Desproges aux éditions les Echappées

© Catherine Meurisse

 

Cette compilation thématique rappelle à quel point Desproges était un bon vivant, certes un tantinet misanthrope, enfin surtout avec les buveurs d’eau…

Alors bon, ce n’est pas un mauvais livre évidemment,  puisque c’est du Desproges!

C’est juste que le fan inconditionnel et un rien intégriste que je suis, est resté, c’est le cas de le dire, un peu sur sa faim.

Il faut dire que depuis le bien nommé et assez médiocre « Fonds de tiroir », on a toujours un peu le sentiment que l’on  fouille en effet régulièrement  dans la plus obscure de ses armoires pour essayer d’y trouver de quoi alimenter le culte de l’idole, et surfer sur la vague et la verve de l’iconoclaste chroniqueur avec parfois, il faut bien le dire,  un persistant sentiment d’opportunisme mercantile un peu malsain.

Pas de médiocrité ici, mais ce livre, et c’est son principal défaut, n’échappe pas à ce frustrant sentiment de déjà lu, en tout cas pour celui qui connait tout son Desproges sur le bout des ongles du pangolin.

Déjà lu car une bonne partie de ces chroniques ont été recyclées et remaniées par la suite dans les radiophoniques et littéraires « chroniques de la haine ordinaire », ou même dans « les réquisitoires du tribunal des flagrants délires ».

Ainsi, et c’est évidemment fondamental, on apprend par exemple grâce à ce livre que inénarrable Jonathan Sifflé-Ceutrin, « l’humble et génial inventeur du pain pour saucer » (sic) s’ appelait à l’origine Jonathan Paxabouille…

Étonnant non?!

N’empêche, c’est ce qui fait l’intérêt de ce livre finalement: comparer ces textes originaux à leurs reprises ultérieures, passées à la postérité. On relit donc ces textes un peu comme des premiers jets, comme des esquisses de l’œuvre desprogienne. Ou bien encore, car ils sont un peu plus longs, comme les « bonus » que l’on peut trouver sur certains DVD. Pas indispensable, mais pas déplaisant…

Et puis, tout de même,  on trouve quelques textes inédits, et la frustration vient surtout du sentiment de « trop peu » …jamais content le gars, insatiable, comme n’importe quelle groupie.

Pour les autres, pour ceux qui découvriront Desproges avec ce livre, et  que j’envie comme on peut envier celui qui voit son premier Lubitsch, ce sera évidemment un pur moment d’ivresse (au Figeac 71 bien sur) que de se plonger dans le génie littéraire autant qu’absurde de l’inventeur, entre autre joyeuseté, de la recette de la cigale ou du cheval Melba, chefs d’œuvres absolus de « non-sense ».

Et c’est émus qu’ ils ressortiront de la lecture de ce qui reste pour moi l’un de ses plus beaux textes,  le texte d’un amoureux des femmes et plus encore du vin: l’aquaphile.

Rien que pour ce texte (et bien plus que pour un quelconque intérêt culinaire!), rien que pour se « poêler l’échine » un peu en ces temps de sinistrose, vous devez acheter ce livre…et le consommer sans aucune modération ! »

PS de Anne: Jeff est de parti pris, celui du fan absolu, et je ne résiste pas à élever la voix contre ses frustrations. Je suis absolument ravie qu’un corpus complet de ces chroniques sorte en livre et qu’il puisse à tout moment rappeler combien la table est proche de l’esprit. Un livre indispensable…

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